Entre gravats d’anciens cimetières et silence feutré des allées fleuries, le cimetière du Montparnasse surprend. Ce n’est pas l’un de ces lieux sinistres où l’on ne vient qu’en deuil. Ici, les visiteurs flânent comme dans un musée à ciel ouvert, fascinés par les sculptures de pierre, les inscriptions poétiques, les hommages fleuris laissés au pied des tombeaux. C’est un peu le jardin secret de l’intelligentsia parisienne, où Baudelaire, Gainsbourg ou Sartre reposent au milieu d’un décor qui tient du parc, du musée et du pèlerinage littéraire.
Un patrimoine funéraire aux portes de la vie parisienne
Installé à l’emplacement d’anciennes carrières et fermes maraîchères, ce qui deviendra le cimetière du Sud s’ouvre en 1824, alors que les anciens cimetières parisiens - trop petits, trop malodorants - sont progressivement fermés. À l’époque, cet endroit est presque en pleine campagne. Aujourd’hui, il est encerclé par l’effervescence du 14e, entre brasseries animées et immeubles haussmanniens. Pourtant, une fois franchi le porche de fer, le bruit des voitures s’estompe, remplacé par le crissement des graviers sous les pas.
L'évolution d'un ancien terrain de fermes en nécropole
À ses débuts, le cimetière répond à une nécessité sanitaire autant qu’urbanistique. Il s’étend peu à peu, intégrant des terres voisines, jusqu’à couvrir plus de 19 hectares. Son organisation suit un plan rigoureux, divisé en divisions, chacune attribuée selon des critères sociaux, religieux ou professionnels à l’époque. Contrairement à Père-Lachaise, ici, on sent moins la théâtralité du deuil que la discrétion de l’intellectuel - une esthétique sobre, parfois austère, mais toujours élégante.
Une esthétique entre classicisme et audace moderne
Les sépultures racontent mille histoires, pas seulement par les noms gravés, mais par leur forme. Des chapelles de style néogothique aux croix de granit brut, en passant par les stèles minimalistes ou les œuvres d’art contemporain, le cimetière est un miroir du goût funéraire des deux derniers siècles. On y trouve des sculptures signées par des artistes reconnus, des jeux de lumière calculés, des détails ornementaux qui méritent qu’on s’y attarde. Pour bien préparer votre déambulation entre les sépultures historiques des grands écrivains, vous pouvez Visiter le cimetière.
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Les grandes figures de la littérature et de la pensée
Le cimetière abrite l’un des plus beaux pèlerinages littéraires de Paris. La tombe de Charles Baudelaire, sobre et imposante, attire toujours des amateurs de poésie, parfois accompagnés d’un recueil des Fleurs du mal à la main. Plus loin, à deux pas l’un de l’autre, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre reposent côte à côte, dans une simplicité presque dérangeante pour deux figures aussi monumentales en philosophie. Leurs sépultures, souvent décorées de mots manuscrits ou de fleurs séchées, témoignent d’un lien vivant entre le lecteur et l’auteur.
Le panthéon de la musique et du cinéma
On vient ici aussi pour ses idoles artistiques. La tombe de Serge Gainsbourg est sans doute la plus visitée. Toujours fleurie, parfois accompagnée d’un paquet de clopes ou d’un vinyle posé en hommage, elle incarne une forme de culte populaire. Autre figure emblématique : Sonia Rykiel, la styliste, dont la stèle rappelle l’élégance moderne. Et que dire de César Baldaccini, sculpteur du fameux Le Pouce, dont la tombe, sobre, contraste avec l’audace de son œuvre ?
- 🎯 Serge Gainsbourg - Hommages multiples, ambiance rock’n’roll
- 📚 Charles Baudelaire - Pèlerinage poétique incontournable
- 🧠 Sartre & Beauvoir - Couple intellectuel mythique, discrétion assumée
- ✂️ Sonia Rykiel - Sépulture épurée, reflet d’un style iconique
- 🎨 César Baldaccini - Sculpteur d’exception, présence artistique forte
- 🎬 Jean Poiret - Acteur et écrivain, apprécié pour son humour mordant
Comparatif des ambiances selon les divisions du cimetière
Le Petit Cimetière : une enclave de sérénité
Séparé du reste par la rue Émile Richard, le Petit Cimetière est une oasis. Moins fréquenté, il respire la paix. On y trouve des sépultures plus anciennes, certaines partiellement envahies par le lierre, d’autres entretenues avec soin. L’atmosphère y est plus intime, presque secrète. C’est ici qu’on se sent vraiment loin du monde, entouré de cyprès et de tombes en marbre patiné.
Le Grand Cimetière : le cœur battant du site
C’est là que se concentrent les grandes personnalités. Les allées sont plus larges, comme le boulevard Edgar Quinet, nommé en hommage à l’écrivain. L’animation y est plus perceptible, surtout aux abords des tombes célèbres. Les essences d’arbres y sont variées : platanes, ginkgos, cèdres. L’ensemble évoque davantage un parc que nécropole.
Les tombes-sculptures : quand le deuil devient art
Dans les deux parties, l’art contemporain dialogue avec les formes classiques. À noter notamment Le Baiser de Brancusi, une œuvre en pierre pure, épurée, qui représente deux silhouettes enlacées - symbole universel d’amour et d’éternité. D’autres sculptures, anonymes ou signées, jouent sur l’abstraction, le vide, la lumière. Chaque coin du cimetière offre une surprise visuelle.
| 📍 Zone | 🚦 Accessibilité | 🎨 Style dominant | 🌿 Calme | ✨ Personnalités phares |
|---|---|---|---|---|
| Grand Cimetière | Facile (plusieurs entrées, plans disponibles) | Classicisme, modernisme, mélange architectural | Modéré (plus de visiteurs) | Gainsbourg, Baudelaire, Sartre, Beauvoir |
| Petit Cimetière | Un peu moins évidente (traversée de rue) | Rustique, romantisme tardif, végétation envahissante | Élevé (peu fréquenté) | César, Jean Poiret, familles anciennes |
Conseils d'expert pour une immersion réussie au cimetière du Sud
Optimiser son parcours : horaires et accès
Le cimetière est ouvert tous les jours, mais les horaires varient selon la saison. En été, il ouvre plus tôt (8h) et ferme plus tard (18h), tandis qu’en hiver, les portes se ferment à 17h30. Les entrées principales sont situées 3 boulevard Edgar-Quinet et 20 avenue du Général-Leclerc. En transports, les stations Raspail (métros 4 et 6) et Edgar Quinet (ligne 6) sont les plus proches. Prévoir 1h30 à 2h pour une visite complète.
L’étiquette du visiteur : respect et discrétion
On le dit souvent : ce lieu est d’abord un espace de recueillement. Même si les photos sont autorisées, il est préférable de les prendre avec retenue, surtout devant les tombes les plus visitées. Le bruit doit rester feutré, les groupes ne pas bloquer les allées. Et bien sûr, ne pas grimper sur les sépultures - ce qui, malheureusement, arrive encore. L’expérience vaut bien une petite discipline.
Prolonger l'expérience dans le quartier Montparnasse
Une fois sortie du cimetière, on peut s’offrir une pause au Café de la Mairie du XIVe, ou gravir les étages de la Tour Montparnasse pour un panorama sur Paris - dont, justement, le cimetière vu du ciel. Autour, les rues conservent un air de bohème révolue, entre anciens ateliers d’artistes et salles de théâtre. On sent que l’esprit du lieu ne se limite pas aux morts : il habite aussi les vivants qui y flânent.
Les interrogations courantes
Peut-on encore obtenir une concession funéraire au Montparnasse aujourd'hui ?
Les concessions au cimetière du Montparnasse sont aujourd’hui extrêmement rares. Elles sont attribuées prioritairement aux Parisiens, souvent par héritage familial. L’espace étant quasiment saturé, les nouveaux inhumés sont généralement orientés vers d’autres cimetières périphériques.
Quel budget prévoir pour une visite guidée thématique du cimetière ?
Les visites guidées thématiques, organisées par des conférenciers agréés, tournent autour de 15 à 25 € par personne, selon la durée et le thème (littérature, art funéraire, figures féminines, etc.). Certaines associations en proposent d’occasionnelles, gratuites ou à prix libre.
Est-il facile de s'orienter seul pour une première visite sans plan ?
Sans plan, l’orientation peut vite devenir déroutante. Le cimetière forme un véritable dédale. Heureusement, un plan gratuit est disponible à chaque entrée. Il indique les divisions, les allées et les tombes célèbres - un allié indispensable pour éviter de tourner en rond.